Bien que leur découverte scientifique date du début du XXème siècle, les vitamines ont toujours été pressenties comme indispensables et nécessaires à notre organisme.
En effet, Hippocrate lui-même, au Vème siècle avant J.C, avait déjà énoncé : « La nourriture sera votre médicament et le médicament sera votre nourriture ». Bien évidemment, il ne savait pas que les vitamines étaient effectivement des vitamines mais il avait déjà compris que notre nourriture renfermait des choses importantes que notre corps n’était pas capable de synthétiser et qu’il fallait les apporter depuis l’extérieur. Les aliments servaient donc à la thérapeutique mais également en prévention pour garder une bonne santé.
Bien plus tard, dans la deuxième partie du XIXème siècle, le Dr Christiaan Eijkman fut envoyé dans les Indes néerlandaises afin d’étudier une maladie qui sévissait à l’époque dans les colonies des pays rizicoles : le béribéri, une maladie très sévère qui provoque une insuffisance cardiaque et atteint le système nerveux. Il a travaillé sur le mode d’alimentation et a pu mettre en évidence un lien entre la consommation de riz décortiqué et l’apparition de la maladie. Cette dernière est en réalité due à un déficit en vitamine B1 que l’on retrouve effectivement dans l’enveloppe des végétaux.
Un autre exemple, non moins fameux, de l’utilisation des aliments afin de traiter ou prévenir une maladie fut celle de la vitamine C et des marins britanniques au XVIIIème siècle. Les équipages de la Royal Navy étaient décimés par le scorbut, une maladie grave provoquée par une carence importante en vitamine C et cela avait pris une telle ampleur que ce terrible mal était plus redouté que les ennemis de la couronne ! James Lind, médecin écossais, fit, le premier, le lien entre la consommation d’agrumes et la guérison des marins. En effet, il mit en place une sorte d’essai clinique : il mena une expérience avec 12 marins britanniques atteints du scorbut, qu’il divisa en groupe de deux individus. Chaque groupe recevait la même alimentation générale et un composé supplémentaire de façon quotidienne : le cidre, de l'acide sulfurique, du vinaigre, une concoction d'herbes et d'épices, de l'eau de mer et des oranges et citrons.
Résultats de l’expérience : seuls le duo de marins qui recevait les oranges et les citrons furent guéris du scorbut ; quant aux autres… James Lind avait ainsi mis en évidence un lien entre la consommation d’agrumes et la prévention (et la guérison) du scorbut. Dès lors, les marins recevaient une ration quotidienne de jus de citron vert pour prévenir l’apparition de la maladie. La vitamine C, était considérée comme un médicament.
Ces différentes expériences ont été poursuivies par la suite. Avec l’essor de la recherche et de la biologie moléculaire, les scientifiques ont pu effectivement identifier les vitamines, les nommer et ensuite décrire leur utilisation dans notre corps.
C’est ainsi que nous savons que la vitamine A intervient dans la vision mais également dans la protection de notre système nerveux contre les agressions radicalaires. La vitamine D, dont nous avons beaucoup entendu parler dernièrement est importante dans le métabolisme du calcium. Le rôle exact de chaque vitamine n’est pas encore défini très précisément mais petit à petit, les chercheurs ont mis en évidence un panel de fonctions très large et il apparaît que les vitamines interviennent dans la plupart des fonctions de notre organisme. Et quand j’utilise le mot « fonction », je pense bien sûr à toutes nos fonctions biologiques, palpables si l’on peut dire car mesurables et évaluables par des tests quantitatifs comme une prise de sang par exemple ; mais également les fonctions cognitives, qui sont, dans l’esprit des gens, plus difficilement quantifiables qu’un résultat de prise de sang qui nous donne un chiffre.
Certes les vitamines nous permettent d’être en bonne santé, c’est-à-dire que notre organisme fonctionne bien, ce qui sous-tend le fait que si notre corps va bien, notre esprit devrait, dans la majorité des cas et pour des personnes sans maladie sous-jacente, allait bien également.
Et bien, afin de vérifier ceci, des chercheurs britanniques ont travaillé ces dernières années sur différents projets qui avaient pour dénominateur commun le lien entre vitamines et fonctionnement cognitif.
Ces trois études :
Crystal F. Haskell, Andrew B. Scholey, Philippa A. Jackson et al, « Cognitive and mood effects in healthy children during 12 weeks' supplementation with multi-vitamin/minerals », British Journal of Nutrition, 2008.
David O. Kennedy, Rachel Veasey, Anthony Watson, Fiona Dodd et al, « Effects of high-dose B vitamin complex with vitamin C and minerals on subjective mood and performance in healthy males », Psychopharmacology.
Crystal F. Haskell, Bernadette Robertson, Emma Jones, « Effects of a multi-vitamin/mineral supplement on cognitive function and fatigue during extended multi-tasking », Human Psychopharmacology, 2010.
Lors de ces différentes études, les individus ont reçu pendant un temps donné des suppléments vitaminés et les chercheurs ont évalué leurs fonctions cognitives en les faisant répondre à des tests que l’on utilise déjà en médecine pour évaluer ces fonctions chez des patients atteints de maladies mentales ou du système nerveux par exemple et qui permettent d’analyser de façon précise l’état des fonctions intellectuelles comme la capacité à respecter une consigne, la capacité à en changer en cours d’exercice, la reconnaissance d’objets, la résolution de problèmes etc.
Résultats :
- les hommes prenant des complexes de vitamines B témoignent d'une hausse de leurs performances cognitives, sont moins fatigués mentalement.
- les femmes prenant des compléments de vitamines et de minéraux font preuve d'une plus grande précision ainsi que d'une plus grande vitesse à exécuter des tâches multiples.
- les enfants de 8 à 14 ans montrent une plus grande faculté de concentration.
Les résultats sont donc en faveur d’un accroissement des fonctions cognitives chez les sujets consommant quotidiennement des suppléments vitaminés.
Bien que ces résultats soient positifs, il faut rester objectifs et garder à l’esprit que ces études présentent quelques lacunes. Les participants étaient présumés en bonne santé mais aucune prise de sang afin d’évaluer les grandes fonctions biologiques comme les reins, le foie, n’a été réalisée a priori ou a posteriori. Les taux sériques en vitamines n’ont pas non plus été évalués, ce qui ne nous permet pas de savoir s’il y a avait des carences éventuelles chez les sujets.
Il est donc nécessaire que de plus amples recherches soient conduites et ceci n’est que le début.
Toutefois, il est certain, et cette étude en est bien la preuve, que les vitamines nous sont indispensables à la fois pour que notre corps fonctionne le mieux possible mais également afin que nous soyons « au top » sur le plan cognitif. Avant de se jeter sur les compléments hypervitaminés, je pense qu’il est primordial de commencer par une alimentation équilibrée et surtout diversifiée qui sera susceptible de nous apporter toutes les vitamines dont nous avons besoin. De plus, l’avantage avec les vitamines issues de notre alimentation est qu’il n’existe pas de surdosage. Si vous manger 10kg de carottes, l’overdose de pro-vitamine A ne vous guette pas, par contre quelques désordres intestinaux… Pourquoi ? Parce que votre corps ne conservera que ce sont il a besoin, ce qui n’est pas le cas avec les suppléments… ! Alors prudence : Les cachets, poudres et pilules ne sont pas toujours la solution. De plus, un bon repas fait de plats équilibrés et que vous partagez entre amis ou en famille n’est-il pas un meilleur moment de convivialité qu’un comprimé effervescent dans un verre, le matin tout seul au comptoir… A vous de voir !
Cordialement vôtre,
Laure Martinat

