6 septembre 2012

Qu’y a-t-il à guérir en vous ?


Ce mois-ci, je vous propose de découvrir un article écrit par un de nos partenaires, Bruno Supiot, Praticien de la santé et Naturopathe en France. Il nous propose une réflexion intéressante qui nous concerne tous dans notre pratique.
Bonne lecture !

Lorsque je reçois un patient  pour la première fois, je lui pose souvent  la même question, après qu’il m’ait exposé les raisons de sa visite. Cette question est la suivante :
« Qu’y a-t-il à guérir en vous ? »
En règle générale, la personne en face de moi est très surprise, car elle croit de bonne foi me l’avoir expliqué l’instant précédent. Pourtant, ce n’est pas exactement ce qu’elle a fait : en réalité, elle m’a seulement décrit les symptômes qui la gênent et qu’elle désire voir disparaître. Or ces symptômes  ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Vouloir faire disparaître ceux-ci sans autre forme de procès aboutit à ce que les homéopathes appellent une suppression : la cause profonde qui provoquait ces symptômes n’ayant pas disparue, ceux-ci réapparaitront certainement plus tard, au même endroit ou ailleurs, souvent sous une forme plus grave (un cas classique de suppression étant  la  transformation d’un eczéma en asthme).
Revenons à notre patient. Si, en tant que thérapeute, j’en reste à sa demande initiale, je commets une double faute :
En ne cherchant pas les causes profondes, je risque presque à coup sûr de provoquer une suppression telle que je viens de la décrire, et aggraver en fait son cas.
 Je ne donne pas à mon patient l’opportunité de percevoir la situation plus en profondeur, et de grandir à partir de cette situation qui  le fait souffrir.

Demander au patient « qu’y a-t-il à guérir en vous ? » revient en fait à formuler la proposition suivante, plus juste : « Cherchons ensemble ce qu’il y a à guérir en vous ». Il me semble que ce questionnement initial est un point de départ fondamental à une bonne consultation. Sans cette « guideline » fondamentale, on est rapidement submergé par l’hétérogénéité des symptômes, et on finit par « tirer sur tout ce qui bouge ».
L’originalité des médecines douces par rapport à la science allopathique est de viser l’humain, et non ses seuls symptômes ou ses diverses parties (reins, foie,...). Un naturopathe, un homéopathe ou un praticien de MTC ne cherche pas à guérir une maladie, mais bien un être humain qui souffre. Quand la douleur est trop forte, il est légitime de vouloir la soulager par des traitements symptomatiques doux et naturels. Mais il ne faut pas perdre de vue que ceux-ci ne sont que des béquilles temporaires qui ne serviront à rien s’ils ne sont pas accompagnés d’un traitement de fond.
Pourtant, même le traitement de fond le mieux choisi ne fonctionnera pas s’il n’y a pas l’accord profond du patient avec la thérapie. Or cet accord profond n’est nullement acquis, quand bien même le patient le clamerait-il. En effet, tout traitement holistique implique un rééquilibrage global de la personne. Et qui dit rééquilibrage global de la personne implique nécessairement l’évolution de celle-ci. La seconde question, implicite, qui se pose donc au patient est la suivante :
« Accepterais-je d’évoluer pour guérir ? »
Vu sous cet angle, le rôle du thérapeute est alors somme toute assez humble : il accompagne le patient dans son cheminement, en acceptant le libre arbitre de ce dernier. Car, en dernier ressort, c’est bien le patient accompagné par le thérapeute qui guérit, ou non.
Mais ceci est une autre histoire.

Bruno Supiot (Toulouse, France)
bruno@supiot.org -- http://www.supiot.org

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